Retour Menu
Les dockers du port d'Oran à
l'époque des années 1900



Je me souviens avoir été, quelques fois, réveillé par le bruit de la rue.
Je m'approchais de la fenêtre pour regarder ce monde, mystérieux et
inconnu, pour moi, qui, très tôt le matin, descendait le boulevard Oudinot vers les quais du port.

J'imaginais et j'associais mon grand'père Justo, à ces travailleurs matinaux
,
Le vieux port, vue générale ( photo Antoine Orsero )
C'étaient les dockers. Ils allaient, par petits groupes, devisant, gesticulant, et plaisantant au fil des conversations. Une musette sur l'épaule renfermant le maigre repas du midi qui leur permettra de tenir jusqu'au soir.

C'était Ali, Mohamed, mais aussi Justo, Joaquin, ou Joseph et Pierre, tous voisins, du quartier Saint Louis, ou de la Calère, se dirigeant vers les sociétés d'acconages, qui comme chaque matin, procédaient aux embauches pour la journée.
Navire amarré par l'arrière, prêt au chargement
(photo A. Orséro)
Ce port disposait de marchandises prêtes à l'exportation. Elles provenaient de toutes les
régions de l'intérieur. Leurs destinations : la France métropolitaine via port- Vendres,
Sète, Marseille ou Rouen:

- Céréales ( Blé...Maïs..)
- Agrumes
- Coton
- Vin dont les futailles inondaient les quais
 
Embarquement des fûts de vins. (photo A.Orséro)
Il faut dire quelques mots sur l'outillage du port et des facilités qu'y trouvaient les navires.

L'embarquement et le débarquement s'effectuaient de bord à quai pour les navires et quand cet accostage n'était possible, ils s'amarraient par l'arrière et faisaient leurs chargements par chalands placés le long du bord.

Les grues permettaient l'embarquement des palettes ou des palanqués, souvent depuis les chalands.
 
Embarquement des céréales sur chalands.
(photo G.Montaner)
Mais le gros du travail de manutention était fait par l'homme: le déchargement des wagons, des véhicules mobiles ou hippomobiles, des sacs de céréales, à dos d'hommes ou sur les épaules.

Les fûts de vin roulés à la main vers les lieux de stockage.

Tout ce labeur, bien au delà du temps légal que nous connaissons aujourd'hui, sous un soleil accablant et une chaleur étouffante qui rendaient cette tâche ardue et difficile. Elles ont usé des générations d'hommes au long de cette vie éreintante
 
Quai aux céréales. (photo G.Montaner)
Autres scénes portuaires.

Instant de détente. (ph.A.Halioua)
autre vue.Au fond la "Calére"(ph.J.Andres)
le port et la défense mobile. (ph.J.Andres)
côté Pêcherie. (ph.A.Orsero)
une grue d'acconage. (ph.M.Gonzales)
Renforcement de la jetée. (ph.M.Gonzales)

Cet "instant de détente", est une photo souvenir que m'a confiée Mr.Albert Halioua. Elle montre son père Emilio avec ses copains de travail. Merci Albert pour ce souvenir.


Scaphandrier une profession à risque mais si noble.

Au cours du XX° siécle, et avant que les plongeurs autonomes ne viennent les remplacer, les scaphandriers étaient un spectacle permanent quasi quoditien dans nos ports. Il en était de même au port d'Oran, où ils étaient dépêchés pour l'entretien des quais, le dépannage des bateaux quand leurs hélices étaient bloquées par un cordage, la récupération des matériaux de toutes sortes tombés en mer.
Leurs missions consistaient a participer, en autres, au renflouage de bateaux de commerce et bateaux de guerre, notamment à Mers- El-Kébir lors du sabordage de la flotte française.
Réaliser aussi, les fondations de l'usine thermoéléctrique qui existe toujours de nos jours au ravin blanc à Oran.
Cérémonial de l'habillage: d'abord, il fallait enfiler son vêtement en peau de bouc, imperméable à l'eau. Deux ou trois personnes étaient nécessaires.
Il s'asseyait ensuite sur un tabouret, où on lui fixait un collier de bronze appelé "collerette", les chaussures à semelles de plomb, la ceinture, le casque, les plombs en forme de grosses médailles, une sur la poitrine, l'autre sur le dos.
Ensuite, une corde était attachée autour de sa taille, qui servait surtout à lui permettre de communiquer ave son "guideur" à la surface.
Le voilà enfin paré, il s'agissait ensuite de marcher lourdement et difficilement jusqu'à l'échelle située le long du bateau, où l'on procédait à la dernière opération qui consistait à visser le hublot facial.
Alors que les pompes à main servies par deux hommes s'activaient, le scaphandrier s'engloutissait dans l'eau dans un bruit assourdissant. Sa vie dépendait alors que de l'équipe de surface, et surtout du "guideur", car du cordage qui le reliait à l'air libre, et de la bonne interprétation des signaux qu'ils allaient s'envoyer dépendait le bon déroulement de la plongée.

scaphandrier prêt à la plongée
Avec ses guideurs
en toute confiance
Après l'habillage,
pose photo
Traveaux des fondations de l'usine thermoélectrique du ravin blanc
scaphandre des grands fonds
Casque :fabrication J.Scauda (1898)
Pompe à main, 2 cylindres, fabrication française (1860)

Récit et documentation personnelle de Raphaël Passarelli dont le papa "Raphaël" dit le Buso a commencé sa carrière dès l'âge de 17 ans. C'est Mr Raphaël, père, qui figure sur ces photos, toujours accompagné de son papa le"guideur"


Oran port de commerce, mais aussi port militaire et port de pêche.

rapide historique
L'an 1509 Le Cardinal Cisneros, commandant une armada, débarque à Mers-el-Kebir et investit Oran. C'est la "conquista española". Durant toutes ces années de présences, les autorités entreprirent la restauration des défenses de la ville, l'améliorations des fortifications. Elles entreprirent la rénovation et la construction de maisons du quartier de la Marine.
Le port restera, longtemps, un abri qui servait au transit des troupes et au stockage des vivres
.
Francisco Gimenez de Cisneros
Fresque de la conquista de Oràn
le 4 janvier 1831, le général Damremont à la tête d'un régiment occupe Oran. Il précéde le lieutenant général Pierre Boyer nommé Commandant de la division d'Oran avec 2 régiments d'infanterie. Le nouveau commandant trouva la province en proie à l'anarchie.
Le recensement de cette année évalua la population à 3800 âmes. Celle-ci augmenta rapidement et, en 1881 elle s'élevait, déjà, à 59000 habitants dont plus de 50000 européens. Puis vers 1900, elle atteindra 120000 européens. Elle fut la rivale d'Alger par le chiffre de sa population


Le port marchand

Ce prodigieux développement révéle, à chacune de ses étapes la grandeur du génie de la France dont ses courageux enfants ont su tirer parti de la puissance commerciale de la ville.
En moins de 50 ans le port d'Oran a pris un développement formidable.En 1880 son trafic annuel était de 3096 navires avec 327.263 tonnes de marchandises. En 1923 ce trafic passera à 7008 navires pour 8.347.732 tonnes de frêt
Pour faciliter ces importants mouvements, le port se dotera des moyens indispensbles à ce développement.


1858-Aménagements sommaires mais indispensables: Les premiers môles, les premiers bassins c'est déjà un grand chantier 1881-La stucture prend forme. Une jetée bien déssinée protége les darses du vieux port, du bassin Aucour, du bassin gueydon et les quais. Une digue de protection ferme le port à l'Est sous la surveillance de la batterie St Thérése. 1881-Vue plongeante depuis le fort Saint Grégoire sur les nouvelles infrastructures.Panorama sur le quartier de la marine et les premières extension de la ville sur le plateau. Vue depuis la mer. Le fort et la chapelle de Santa Cruz. Le quartier de la Marine. Une goëlette quitte le port.

Divers travaux d'aménagement tels que des dragages et la construction du quai de Séte et du quai de Port Vendres avec le bassin du Maroc offrent en 1912 une nouvelle physiononmie du port.
Le prolongement de la jetée du large sur 1300 métres et la femeture à l'est par une traverse enracinée au rivage à la Pointe du Ravin Blanc de 400 métres de long. Enfin un épi dans son prolongement naissant sur la jetée de 120 m. de long.
L'élargissement du môle Jules Giraud et la construction du quai Beaupuy du quai de Bordeaux et une partie du quai du Havre.
Enfin dés 1931 la troisième partie présente le port dans son ensemble: prolongement de la jetée du large (500m.) et la construction des quais de Sainte Thérése du Ravin Blanc et l'éxécution de divers aménagements tels que la nouvelle route du port.
En 1881, l'anvant port, sous la batterie du fort de Saint Thérése, est en eau libre La 1ere tranche des travaux est engagée. On recconnait
le môle du centre qui abri-
tera les service du pilotage.
vers 1912, les autorités entreprennent l'extension de la 2eme tranches des travaux. Finition des quais de Bordeaux et du Havre. A droite le futur quai de Rouen et le quai St Thérése. C'est le début, vers 1942 des derniers ouvrages qui finaliseront le port dans son ensemble. Vue générale du port moder-
ne allant de la défense mobile aux falaises de la cueva de l'agua soit environ 3000m de long sur 122 Ha de superficie
Navire doublant la jetée pour la haute mer. on remarquera l'imposant phare signalant l'entrée de la passe.

Voies ferrées
Dés 1863 le réseau ferroviaire se mettra en place. Depuis la gare principale une ligne sera construite jusqu'au port.
Tous les môles et la plupart des quais seront désservis par un réseau de voies férrées. Ces voies seront elles-mêmes reliées à la gare centrale d'Oran-Marine qui comprend 2 voies principales et 12 voies de triages.
  déchargement d'une locomotive la gare centrale d'Oran-Marine
vue sur quai et wagons prêts
aux chargements

La pêche maritime
Au siécle dernier, les autorités souhaitent le développement de la pêche sur nos côtes oranaises. Des pêcheurs métropolitains sont présentis (bretons,catalans, languedociens ect..) Hélas tous les efforts de ces professionnels restent vains : ils seront rapatriés découragés et déçus. Il semble bien que cela fut la conséquence de la concurrence espagnole. "cette population flottante, prenait sans rien donner en échange" a écrit Augustin Bernard.
 
la vente à dos d'âne
barques hissées à terre. tra-
vaux de remaillages des filets
et carénage
vue sur les quais
Petit à petit ces saisonniers s'installent dans nos ports. ils seront suivis d'une colonie italienne. Les musulmans, qui s'étaient pendant longtemps, tenu à l'écart des choses de la mer, s'y intéressent rapidement.
Les modes de pêche furent le chalutage et la pêche aux palangres. Cette partie de la côte algérienne était riche en poisson bleu tels les maquereaux, les bonites péchées par les lamparos "à la traine" et le thon rouge capturé au filet par des unités plus importantes.
 
un coin du port
partie du port et la criée
aux poissons
chalûts, face à la pêcherie.
Le port militaire.

Au XVI iem siècle , sur l’éperon rocheux , au pied du Murdjajo, et surplombant la mer, les espagnols construisirent une prison, destinée aux courtisans qui se rendirent indésirables à l’Escurial. Ce lieux peuplé de nombreux singes ( los monos en espagnol) donnèrent son nom à la forteresse.
La forteresse du mono devint le Fort Lamoune, siège de l’autorité maritime en Algérie.
Le fort Lamoune abritait la quatrième région maritime et avait autorité sur toutes les unités couvrant la côte algérienne.
vue aérienne du fort Lamoune Lamoune:siége de l'Amirauté
Dans cette ancienne forteresse il y avait:
- l’ Amiral et son état major.
- les P.C opérations
- Le service des transmissions qui regroupait : le P .C radio, les transfilistes, le P.C des transmissions , les services de dépannage radio et téléphone , les guetteurs sémaphoristes.
- La logistique était fournie par l’Unité Marine Oran, située au pied du fort.
Bâtiment Le Léger (1938)   Les escoteurs rapides (1959)
Missions
Elles étaient multiples :
Patrouilles maritimes par tous les temps ; interception et contrôle de cargos
Débarquement de commandos marine sur des endroits de la côte déterminés par l’état major.
Mais aussi des missions à terre avec des commandos de la demi brigade des fusilier marins
La compagnie de protection contonnée à Canatel.
Bâtiment au mouillage :l'Arc   escorteurs rapides Normand
et Vauquelin
Les sémaphores et la surveillance côtière comme celui du Cap Falcon ou du cap Figalo du côté de Lourmel.
Surveillance des points sensibles :
- la pyrotechnique du ravin Raz el Aïn.
- Le dépôt de munition du Ravin Blanc.
- l’usine à gaz et le dépôt de carburant sur le port.
- La station radio d’Aïn El Turk…..etc.…
bâtiments au mouillage (1936)   forces navales croisant au
large de Mers-El-kebir(1959)
Nous remercions Mr Guy Mignotte pour ces renseignements. Mr Guy Mignotte a servi durant 3 ans dans la Marine Nationale à Lamoune, et dans d'autres affectations en Algérie.


Le Port Marchand
" en construction"

mes sources :
- Algérie: les documents algériens par le service d'information du gouvernement général de l'Algérie.(Venis Bernard)
- Les amis d'Algérianie
- Le livre d'Or de l'Oranie :"La formidable épopée des oraniens"
- Documentation imagée tirée de la collection personnelle de Mr. Georges VIEVILLE,(avec son aimable autorisation)